A mots retrouvés

06 avril 2020

Métamorphoses du temps

21 eme jour de confinement . Grand soleil aujourd'hui. Le printemps qui s'est invité dans notre tout petit village des Alpes Maritimes dès le début du confinement a parfois montré des hésitations, valsant de jour en jour avec les frimas de fin d'hiver. Aujourd'hui, cependant, il faisait doux déjà aux premières heures du matin et j'en ai profité pour me glisser dans le jardin à un moment où d'ordinaire, je traîne encore dans la cuisine ou le salon, pour une deuxième tasse de café fumant. Il paraît que les Français relâchent leur vigilance et ne respectent plus le confinement, qu'ils se remettent à arpenter les rues, partent groupés en promenade. Je n'ai pas de mal à le croire : ici, de l'autre côté de la clôture, sur le chemin qui longe la rivière, c'est toute la journée un défilé de promeneurs ou de sportifs à l'occasion et il flotte un parfum de vacances dans lequel on ne retrouve rien des accords austères de l'isolement forcé.  Que faut-il en penser? Seul l'avenir nous le dira.  (J'imagine que tout le monde n'a pas un jardin et aspire pourtant, en ce début de quatrième semaine, à une bouffée d'air frais.) 

La maison est devenue notre tout, notre univers et ses limites, et plus que jamais nous en apprécions les espaces et le confort. Alors que s'évanouissent tous les projets d'ailleurs, les longs voyages que l'on avait pourtant imaginés et auxquels on se raccrochait, naissent de nouvelles perspectives. C'est ici désormais que la vie s'organise. L'Homme a redonné vie au terrain de boules qui s'était laissé dévorer par de mauvaises herbes et une haie envahissantes et il faudrait voir à installer quelque part la table de ping-pong qui attend, sagement rangée sous sa housse, qu'on se souvienne qu'elle existe. La pelouse est tondue, les balconnières n'ont jamais été si belles qu'en ce début d'avril et même le vieux bassin, qui n'abritait plus depuis longtemps qu'une colonie de grenouilles rieuses et de crapauds vilains, renaîtra prochainement sous d'autres allures. Métamorphoses du temps... Planterons-nous ici un massif fleuri? Un olivier peut-être? J'aime les oliviers et j'aime les rendre à cette terre dont ils sont originaires et que trop de nouveaux propriétaires, en des temps où l'on était moins scrupuleux de ces choses-là, ont arrachés pour configurer dans des villages ancestraux des jardins de campagne à l'image de leurs jardins de banlieue. Il y a deux ou trois générations, les premiers propriétaires de notre maison ont tendu là un cercle découpé dans un vilain morceau de bâche goudronnée, pour un diamètre de quatre bons mètres, et jeté au hasard quelques gravats, des poissons rouges, une poignée d'herbes folles. A notre arrivée en ces lieux, nous avons tenté de végétaliser le bassin, observant que les poissons qui s'y étaient reproduits alimentaient généreusement un magnifique héron dont nous avons reçu la visite quelques semaines, le temps pour lui j'imagine de faire place nette entre les joncs et puis d'aller chercher ailleurs les moyens de sa subsistance. Depuis cet abandon, dans la bâche, ne se plaisaient plus que les tétards... mais eux, c'est un fait, se plaisaient! Je n'ai jamais vu autant de grenouilles et de crapauds réunis en un seul endroit ! Mon père, ce babare, m'avait conseillé un petit verre d'eau de javel tous les matins... Ni l'Homme ni moi n'avons pu nous résoudre à te telles extrémités, et voilà maintenant près de dix ans qu'à chaque printemps, nous dormons bercés par le chant des batraciens. Tout porte à croire que c'est fini :  la toile qui tapissait le  fond du bassin, hors d'âge, a finalement rendu l'âme, quelques semaine à peine après la pompe du système de filtration et, en une nuit seulement, ce qui la veille s'appelait encore un bassin s'est vu rendu au jardin : ne restent plus que les végétaux. Une partie de moi espère que, pour leur survie, les batraciens auront trouvé le chemin qui mène à la rivière, toute proche ; l'autre partie soupire de contentement à l'idée des nuits retrouvées : le bassin à sec, nous pouvons désormais espérer que les grenouilles à voix aillent s'époumonner sur d'autres terres que les nôtres... 

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05 avril 2020

De la routine etc.

Ne me demandez pas ce que j'ai fait aujourd'hui. Je répondrais : "A peu près comme hier". Je suis une grande adepte de la routine et j'imagine que cela donne de moi l'image d'une personne passablement ennuyeuse... C'est vrai, je suis portée par l'habitude, par le train-train, les éternels recommencements. Et à ma façon, même si parfois j'en soupire, j'aime que ce soit "toujours pareil". C'est un fait : dans ma routine, jamais je ne m'ennuie et lorsque le matin, j'ouvre les volets de la maison, dans le même ordre et à peu près à la même heure, c'est davantage pour surprendre les écarts, les dissemblances et noter les particularités. A sa façon, moi qui aime le voyage et l'inconnu, je dois reconnaître que la routine m'émerveille et qu'à travers elle, je perçois le monde en perpétuelle mutation. 

Sans doute est-ce pour cette raison que je reviens toujours à ce livre de Colette Nys-Mazure, Célébration du quotidien (difficile à qualifier : est-ce un poème? un recueil? un essai? Vous me direz peut-être si les mots vous viennent mieux qu'à moi) Il fait partie de mes livres de chevet, ceux auxquels toujours, je reviens et parmi lesquels,Nous savons tous que certains livres parlent une langue intime que nous comprenons, que nous reconnaissons. Lorsque nous rencontrons ces livres, une part de nous-mêmes, au plus profond, hoche la tête en signe d'assentiment et acquiesce : "Voilà, c'est ça... C'est exactement ce que je pense, ce que je ressens, ce que je n'aurais pas su formuler ainsi et qui est là, écrit sous mes yeux, presque pour moi, et qui me parle, me nourrit, me fait grandir. M'éveille à moi-même et au monde qui m'entoure." 

En ces temps de confinement, les journées s'enchaînent, routinières mais jamais monotones et sur ma table d'écriture, j'ai posé mon livre. Je ne le relis pas à proprement parler mais ponctuellement, je pioche des fragments, portée par le moment, les circonstances ou l'émotion. 

 

Célébration du quotidien, Colette Nys-Mazure. Extraits piochés au hasard. 

*

"Attentive aux mille détails de chaque jour, je ne le trouve jamais routinier"

*

"Avec notre habitude de vivre à fleur de peau, de nous satisfaire de peu, nous négligeons les richesses de chaque instant, celles qui sommeillent dans un visage, un objet ou un paysage ou les gestes les plus élémentaires. Il y a dans le vert des feuilles de salades, le rondeur d'une pomme, le parfum robuste du thym, le frémissement de la glycine, le bruit des pas espérés, le souffle des êtres chers, une puissance de vie qui, sans avoir la violence des événements imprévus et moteurs, fait naître et renaître sans cesse la force d'avancer, de recommencer, de croître sans rancoeur ni amertume." 

*

"Arrachée à mon quotidien, j'y suis aussitôt renvoyée puisque partout se recrée un rituel; l'enchaînement de gestes élémentaires qui rassurent. Ne transportons-nous pas notre coquille? Me soustraire au quotidien pour mieux le redécouvrir ensuite, mais aussi pour comprendre qu'il est un passeport vers les "autrui" du bout du monde. " 

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03 avril 2020

Signe des temps

Dernière neige de l’année

Dans le jardin des confinés

Bourgeonnent les cerisiers

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02 avril 2020

Défi lecture en cercle fermé

Ca y est! Voilà un moment que j'y pensais, c'est chose faite ! Je viens de lancer l'hameçon, voyons qui mordra au bout de ma ligne... Rendez-vous le 22 avril, peut-être face à moi-même, peut-être en bonne compagnie ... Qui peut savoir à l'avance??? 

 

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01 avril 2020

L'échappée belle

Est-ce un bénéfice de l'âge, une marque de sagesse, ou n'est-ce pas plutôt simplement le constat d'avoir finalement cédé, d'avoir lâché la bride, laissé le pur-sang s'échapper et s'enfuir au grand galop, et de l'avoir regardé disparaître bien au-delà de l'horizon sauvage pour ne garder de lui que le souvenir de ce qu'il était, un cheval fougueux, et rester seule debout, dans le silence bruissant des grandes plaines? Comment savoir? En d'autres termes : suis-je en train de me glisser subrepticement dans la peau d'une autre, la peau d'une vieille femme, et de laisser celle que je pensais être, l’éternellement jeune, derrière moi? Est-ce une mue qui s’opère ? Au-delà des transformations physiques qu'il faudra bien noter (J’aimerais être de ces femmes, âgées ou pas, que l'on voit uniquement concentrées sur l'action et qui ont résolument abandonné le miroir - J'envie leur force et leur parti pris : l'image ne les atteint plus, l’image ne peut plus les atteindre. Reste alors pour elles l'essentiel, le sensible), au-delà donc de la peau qui s'assèche et qui se relâche, des signes qui apparaissent, ceux-là mêmes que l'on avait reconnus et dont on s'amusait, enfant, sur le dos de la main, sur la joue ou dans les plis du cou d'une aïeule adorée, pour constater aujourd'hui qu'ils s’inscrivent là, sur le dos de sa propre main, sur sa joue, dans le pli de son cou, au-delà des stigmates de l'âge qu'il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer, ce qui a changé surtout, c'est le sentiment "de n'avoir plus besoin de tout ça". C’est comme un abandon, une acceptation. Un peu importe, après tout. Suffit désormais le plaisir d'être là. Le pur-sang s'est enfui, et on ne le regrette pas. On n'est plus obligée de toujours avancer à bride-abattue et on découvre à quel point c’est agréable de ne pas attendre, de ne pas espérer, mais simplement de profiter – Plaisir d'observer la branche d'un arbre au jardin quand elle se couvre de bourgeons et noter ses transformations. Plaisir de sentir le souffle de l'air, frais le matin, tiède en fin d'après-midi, et de lever les yeux pour noter le chemin des nuages et se repaître des bleus du ciel. Plaisir d'être en cuisine, un panier de légumes colorés étalés sur la table, une tasse de thé fumant à portée de la main. Plaisir d'entendre à la radio une belle émission, de lire, des heures durant, un livre dont on savoure les phrases comme autant de bonbons. Plaisir de partager, les repas, les idées, les jeux, les plaisanteries. Plaisir d'être là, à soi, à ce que l'on est. Sans attendre autre chose. Et puis, au moment de se dire : "Quelle paix, enfin..." entendre au fond de soi la petite voix qui insiste, celle qui, comme avant, veut du mouvement, et que ça change, et que ça bouge, et qui martèle encore : "Tiens, et si tu allais là? Et si tu essayais ça? Et si... et si... et si...? " Et puis sourire. J'ai encore des fourmis dans les jambes. Et si je siffle fort, mon cheval va m'entendre et rentrera, tout seul, à l'écurie. 

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31 mars 2020

Garder la ligne

16ème jour de confinement . "Il faut garder la ligne" : telle est l'injonction la plus répandue et la plus relayée en cette première quinzaine de confinement. Chacun y va de son commentaire : qui aligne les HIIT sur sa chaîne youtube de fitness "spécial masse grasse", qui dévoile ses secrets de minceur et révèle à l'humanité ébahie que bannir le sucre, les graisses, les féculents, eh bien ça fait maigrir,  et qui encore cherche une réponse à cette question  existentielle à l'heure où l'image domine (comment être mince ou comment le rester?) ... tout en observant malgré tout que c'était pourtant bien sympa, ces heures de pâtisserie partagées en famille, les menottes des enfants plongées dans la farine, les crèpes joyeusement recouvertes Nutella (force a été de revenir à l'huile de palme, les rayons des supermarchés avaient été dévalisés des pâtes à tartiner bio et écoresponsables...), les beignets délicatement parfumés à la fleur d'oranger qu'on fait frire avant de les noyer dans le sucre glacé, les plats qui s'improvisent au gré des circonstances et de ce que l'on trouve encore dans son garde-manger... Allez! Reviendront bien assez vite les heures où l'on pourra sortir, partir courir sur les chemins, reprendre son vélo et son rythme habituel, retrouver les standards, les dignes mensurations et les devenus si politiquement corrects : "Ah bon? Tu manges encore de la viande et du gluten?!" Tout cela reviendra, et à ma façon, j'y participerai, c'est évident. En attendant, profitons de ce qui nous est donné et régalons-nous des recettes qui s'échangent (et des astuces pour faire son pain à la maison, puisque c'est un fait : désormais, tout le monde veut manger du pain!). 

Il n'empêche que sur le fond, je suis d'accord : il faut garder la ligne. Ce qui compte néanmoins, c'est de savoir pour quelle ligne on se bat. En ce qui me concerne, la ligne qu'il me plairait avant tout de conserver, c'est ma ligne de mire, celle qui me fait avancer pas à pas vers l'objectif fixé. J'accorde aussi évidemment grande valeur à ma ligne de vie, en escomptant si possible qu'elle reste droite, et c'est pour moi une certitude que je ne pourrais pas vivre sereinement et encore moins écrire si je perdais la ligne d'horizon, qui me permet souvent de mettre de l'ordre dans mes pensées et dont j'ai au moins autant besoin que de la ligne de faille, pour ce qu'elle fait souvent apparaître d'essentiel. Ce sera donc en cette période difficile ma seule ligne de défense : gardons la ligne!  Et pour cela, puisse chacun adopter en conscience une ligne de conduite  qui soit la sienne et qui lui corresponde et aide, à sa façon, ceux qui pour nous tous aujourd'hui se tiennent en première ligne et se démènent au quotidien - pour la garder. 

 

30 mars 2020

Mes lundis au soleil # 1

Quand j'étais encore professeur, il y a donc maintenant quelques années de cela, je redoutais particulièrement le lundi, dont la perspective commençait pour moi dès le vendredi soir. Dès le vendredi soir, je faisais le compte de tout ce que j'aurais à accomplir en prévision du lundi à venir et le week-end disparaissait, englouti avant même d'avoir débuté, absorbé par les longues heures de préparation, ruiné par l'abrutissante tache des copies à corriger. Dès le vendredi soir, le lundi se dressait là, monumental, et je me retrouvais au pied d'un mur sinistre et écrasant. Quand la sonnerie du réveil retentissait, aux petites heures du lundi matin, je me réveillais exsangue du week-end passé, plombée par l'absence de perspectives, et stupéfaite d'en être là - si bas. 

Mais les choses ont changé - je ne suis plus professeur (et je sais au fond de moi que c'est fini, terminé, et que professeur, je ne le serai plus jamais, même si sans doute, au fond de moi, je garderai le pli - seuls comprendront, j'imagine, ceux qui ont eu un jour le bonheur ou la souffrance de savoir ce que c'est qu'enseigner) et parmi les mille choses de ma vie qui ont pris un tour nouveau, s'il en est une que je devais citer, je parlerais du bonheur des lundis retrouvés. De leur douceur et de leur charme, et du plaisir immense qu'ils me procurent. Depuis que je n'enseigne plus, tous mes lundis, sans exception et quelle que soit la météo, sont pour moi inondés de soleil.

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28 mars 2020

La cinquième colonne

Dans le dernier opus de Pierre Lemaître, Miroir de nos peines, dont j'aurai peut-être loisir de reparler ici tellement j'aime l'écriture et la matière romanesques de cet auteur ( je retrouve en ses lignes l'univers bouillonnant de Zola, et j'aime tout particulièrement ces grandes fresques, ces tranches de vie, ces caractères  ordinaires pris dans la spirale de l'Histoire, mais là n'est pas mon sujet aujourd'hui), j'ai buté, à de nombreuses reprises, sur l'évocation de "la cinquième colonne". Au-delà de sa signification première ( un réseau d'espions oeuvrant contre une nation), la locution évoquait pour moi le titre d'une oeuvre que je n'arrivais pas à remettre. Et puis ça m'est revenu! La cinquième colonne, c'est le titre d'un film d'Alfred Hitchcock, une réalisation en noir et blanc datée de 1942 et se situant au début de la période américaine du cinéaste. Alors que je me targue habituellement de connaître assez bien l'oeuvre du réalisateur, j'ai dû admettre avec surprise que je n'avais jamais vu ce film et la surprise s'est vite doublée de satisfaction puisqu'en fouillant dans mon placard à DVD, j'ai découvert que je le possédais dans un coffret ( raison pour lquelle le titre ne m'était pas inconnu et motif d'interrogation supplémentaire : pour quelle raison l'avais-je ainsi écarté???) Bref... Grand moment de plaisir cinématographique !  On y retrouve la fraîcheur et la verve de deux films précédents datant de la période anglaise, Jeune et innocent et Les trente-neuf marches, ainsi que le thème cher à l'auteur du héros accusé à tort et devant lutter seul ( ou accompagné d'une fort jolie jeune femme) afin de faire valoir son innocence, thème qui jalonnera l'oeuvre du maître et que l'on retrouvera plus tard dans l'extraordinaire  North by Norwest ( La mort aux trousses). Plus d'un parallèle peuvent d'ailleurs être faits entre ces deux films, à commencer par la scène finale de La cinquième colonne, où le criminel est suspendu par un bras tout en haut de la statue de la liberté ( le film vaut d'être vu pour ce seul plan, génial ) et qui annonce la scène du Mont Rushmore ( si ce n'est que cette fois, c'est le héros qui se trouve en difficulté)  et il me semble que l'on peut lire La cinquième colonne, ainsi que Jeune et innocent, Les 39 marches d'ailleurs, ou bien Une femme disparaît et d'autres encore.., comme autant de répétitions et de préparations des oeuvres majeures qui suivront. Tous ces films de "jeunesse", si je peux l'exprimer ainsi, n'en restent pas moins des bijoux d'invention et de créativité et sont, pour la cinéphile que je suis, de purs moments de jubilation. 

Demain dimanche, on se retrouve lundi, mes amis. Restez au chaud de vos foyers et prenez soin de vous. 

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27 mars 2020

Aujourd'hui et à l'heure qu'il est

C'est une discipline, un principe à tenir : il faut écrire. Le problème, c'est que, comme tout le monde, j'ai mes heures et pour l'écriture, mon humeur est changeante et l'envie, je dois l'avouer, souvent capricieuse. Si pour une raison ou pour une autre, je laisse passer le moment, après, c'est compliqué. 

J'aime écrire le matin - et ce matin, je n'en ai pas eu la possibilité. Je me retrouve donc à mon clavier, en pleine après-midi, sachant très bien que l'après-midi ne me réussit pas. Sans doute est-ce pour moi un sentiment hérité de l'enfance, une réminiscence inconsciente du temps des siestes interminables où il fallait se garder de faire le moindre bruit, pour ne pas déranger ; du temps des heures imposées d'activités dites "calmes" ( Je me souviens d'avoir passé, fillette, une année entière auprès d'une maîtresse d'école qui exigeait que l'après-midi, l'on fasse "du carrelage" :  la tache imposait de remplir  aux crayons de couleur les cases de feuilles interminables de papier quadrillé, activité aussi stupide qu'ennuyeuse mais qui certainement maintenait les enfants de la classe dans un silence concentré dont la maîtresse devait, j'imagine, se délecter. Je rentrais morose en tendant mon cahier : - " Qu'as-tu fait à l'école aujourd'hui? -Du carrelage... -Ah bon? Et c'était bien?-Pas tellement... " ). Aujourd'hui encore, j'associe les heures qui suivent le déjeuner à  de l'ennui profond. Elles sont comme un trou vide dans ma journée et la femme adulte que je suis tente de les remplir de la même façon que l'enfant comblait les cases du cahier : bêtement le plus souvent. Pour moi qui n'ai plus maintenant d'activité professionnelle régulière et qui gère mon temps comme je l'entends, les heures de l'après-midi, ce sont des heures parfaites pour les corvées domestiques, pour sortir faire des courses ou s'attaquer enfin à la bassine de linge à repasser qui déborde. Ce sont des heures pour prendre des rendez-vous, aller chez le dentiste ou le kiné...mais écrire, non! J'aime écrire le matin, aux heures alertes, vives, légères. J'aime surprendre par la fenêtre ouverte le souffle bruissant du vent entre les branches des grands arbres, et écouter le chant léger des oiseaux qui s'agitent ; sentir autour, au loin, la vie, le mouvement. Alors de grâce, laissez-moi mes matins ! 

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26 mars 2020

Comme un parfum de fin du monde

11ème jour de confinement.  Dans l'air, autour de nous, flotte parfois comme un parfum de fin du monde...  La moitié de l'humanité vit aujourd'hui recluse (La moitié : est-ce plus ? est-ce moins ? Je ne le sais pas exactement, moi qui ne suis pas très "connectée et qui me contente de survoler le soir les notifications qui s'affichent ponctuellement sur l'écran de mon téléphone portable) et toutes les activités humaines s'organisent en conséquence. Dans les rues, ceux qui se déplacent encore le font soit en rasant les murs, regard baissé et pas pressé, soit l'allure bravache, en contournant tous les réglements et en narguant la loi. Je pense souvent à ma grand-mère, ces jours-ci. Je me demande ce qu'elle aurait pensé de la situation, elle qui, à Paris puis plus tard, de son Jura natal, puis finalement de Nice où elle fut comme beaucoup, réfugiée pour un temps, a connu les horreurs et les privations de l'occupation. Souvent, elle m'a confié la chance qu'ils avaient eu alors, eux les gens de la campagne, ceux qui avaient encore de quoi se nourrir, et combien c'était difficile en ville, à Paris surtout, où l'on manquait de tout. A moindre échelle, évidemment, c'est un peu la même chose aujourd'hui : moi, j'ouvre la fenêtre sur un jardin ensoleillé, mon quotidien est calme et sans accroche, je ne suis pas seule, enfermée avec mes enfants dans un minuscule appartement mal isolé. Alors, forcément, je pense aux autres. A ceux que je connais, et à ceux que je ne connais pas mais dont j'imagine la vie. Comme tout le monde je suppose, j'écris à mes amis, j'appelle mes parents, avec tous je prends date. Je dis après, bientôt, quand tout cela sera fini, derrière, oublié, plus qu'un mauvais souvenir, alors nous nous verrons. Ensemble, nous boirons des verres, nous échangerons des poignées de main, nous pourrons nous approcher, nous serrer...

Combien de séparés attendent et remettent à demain, à plus tard, à bientôt? En attendant, il faut s'organiser. Planifier l'aujourd'hui du mieux que nous le pouvons tout en nous projetant dans un demain libérateur. Ne pas trop réfléchir, ou plutôt si, réfléchir, mais voir loin et ne pas se laisser envahir, submerger, par les effluves discrets de ce léger parfum de fin du monde qui flotte autour de nous. Si je devais me concentrer sur ce que cet événement peut avoir de positif, sur ce qu'il nous enseigne (et au regard de la crise sanitaire que nous traversons et bien que je ne sois pas à même d'en juger, nul doute que les enseignements seront nombreux) je retiendrais avant tout ce qu'il nous dit de ce que nous pouvons faire, si nous le décidons, pour notre planète. Comment ne pas observer aujourd'hui à quel point écologie et économie sont les deux faces d'une même médaille? Et comment ne pas remarquer ce que que l'arrêt total et soudain de toutes les activités humaines signifie pour la protection de l'environnement?  De tous les coins du monde, des images affluent sur nos réseaux pour nous montrer les beautés d'une nature qui reprend ses droits, qui reprend son souffle : faut-il donc que nous perdions le nôtre pour que cela se produise? Je sais que c'est parce que je suis terriblement privilégiée que je peux me permettre de penser cela, parce que je vis un confinement doux et sans contraintes majeures, parce que cela ne désorganise pas fondamentalement ma façon de vivre ni mon rapport au monde, mais je dois reconnaître que j'ai presque peur de ce qui, justement, va se passer "après". Quand les avions décolleront de nouveau, quand les voitures du monde entier pourront de nouveau s'engouffrer sur les mêmes axes routiers , quand les buildings flottants  repartiront à l'assaut de la lagune de Venise ou des routes ouvertes au coeur de la banquise, bref, quand nous recommencerons de plus belle, comme avant et peut-être pire, qu'en sera-t-il, vraiment? N'y a-t-il pas là aussi, une menace, plus lourde encore de conséquences que celle de cet épisode que nous traversons, aussi terrible et incroyable soit-il? 

Je n'ai pas les réponses et aucune légitimité, de toute façon, pour me risquer à en avancer une. J'observe simplement, par la petite ouverture de ma fenêtre, le grand Monde qui s'agite au dehors.

Pour finir ce billet et me faire pardonner ces pensées pas très gaies, quelques mots tirés d'une chanson extraite de la BO du film de Claude Lelouch, Les Uns et les autres, et qui  s'intitule justement Un Parfum de fin du monde. Cette chanson résonne particulièrement en moi aujourd'hui - La citer provoquera peut-être, qui sait, pour certains, la tentation d'aller revoir le film (c'est long, c'est vrai... mais après tout, en ce moment, on a du temps ...) : 

Dis, m'en veux surtout pas, si ma chanson a un parfum de fin du monde, c'est vrai...

Dis, on se reverra, un café désert...  Sans les cafés, les gares, comment faire pour se retrouver, demain? 

 

 

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